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Savoir où sont les portes ne suffit pas : encore faut-il voir qui les franchit. C’est le fil rouge de la deuxième semaine de notre Mois de la Cybersécurité. Après avoir identifié ce qui est exposé, la question devient : si une attaque commençait aujourd’hui, qui la verrait en premier ?

Une cyberattaque fait rarement des dégâts dès la première minute. L’attaquant entre, observe, prépare. Pendant ce temps, il laisse des traces : une transaction inhabituelle, une connexion qui ne colle pas, un virement qui part au mauvais endroit. L’objectif de ce guide est simple : apprendre à reconnaître ces signaux, et savoir quoi faire quand ils apparaissent. Bonne nouvelle : quand quelqu’un regarde, cela fonctionne. En Côte d’Ivoire, les pertes liées aux accès frauduleux ont presque disparu en un an.

Le temps de détection reste le nerf de la guerre

C’est le temps moyen pour repérer et maîtriser une intrusion en 2026, contre 241 un an plus tôt. Après cinq années de baisse, ce délai repart à la hausse (IBM, Cost of a Data Breach 2026).

Concrètement, plus de huit mois peuvent s’écouler entre l’intrusion et le moment où elle est maîtrisée. L’attaquant a le temps de lire les échanges internes, de repérer les personnes qui valident les paiements, de copier des données et de choisir le meilleur moment pour frapper. Plus la détection est tardive, plus la facture est lourde : les données ont déjà quitté l’entreprise, et la remise en état touche davantage de systèmes. C’est une moyenne mondiale : une entreprise dotée d’un dispositif de détection actif réduit fortement ce délai.

Posez-vous une question simple. Si quelqu’un se connectait ce soir à votre messagerie depuis l’étranger, qui le saurait, et quand ? Si la réponse est « personne » ou « lundi matin », c’est par là qu’il faut commencer.

Pour réduire ce délai, encore faut-il savoir quoi regarder. Le signal le plus visible pour une direction financière : les transactions.

1. Des transactions qui ne ressemblent pas aux habitudes

En avril 2024, la fintech nigériane Flutterwave, l’une des principales plateformes de paiement du continent, aurait perdu, selon TechCabal, environ 11 milliards de nairas (près de 7,2 millions de dollars). Plus précisément, selon le média, les fraudeurs auraient dispersé les fonds en petits montants vers plusieurs comptes, en restant volontairement sous les seuils qui déclenchent les contrôles anti-fraude. Ainsi, selon une source citée par le média, l’argent avait déjà rejoint d’autres établissements financiers en quatre jours. De son côté, Flutterwave a indiqué que les fonds de ses clients n’avaient pas été affectés.

Ce cas montre une réalité souvent ignorée : les fraudeurs connaissent les règles de contrôle et s’organisent pour passer en dessous. Pourtant, ce qui finit par trahir la fraude, c’est le comportement : selon Flutterwave, l’alerte est d’ailleurs venue d’une activité qui ne correspondait pas aux habitudes d’un petit groupe de clients.. Pour une entreprise de paiement, l’enjeu dépasse la perte financière : c’est la confiance des marchands qui lui confient leurs fonds.

Ne vous contentez pas de seuils. Surveillez aussi les comportements : une série de nouveaux bénéficiaires en peu de temps, des montants fractionnés, des opérations à des heures inhabituelles. Ce principe vaut pour les paiements comme pour les accès aux données.

Les transactions ne sont pas le seul témoin. Bien souvent, la fraude commence dans la boîte email.

2. Une messagerie qui se comporte bizarrement

Selon le rapport 2026 d’INTERPOL sur les cybermenaces en Afrique, la compromission de messagerie d’entreprise (BEC, dont la fraude au faux fournisseur est la forme la plus courante) ne représente que 10 % des cas signalés, mais reste le vecteur le plus coûteux financièrement.

Le scénario le plus courant est le suivant, et c’est celui du récit qui a ouvert notre mois. Un mot de passe est volé grâce à une fausse page de connexion. L’attaquant se connecte discrètement, lit les échanges, repère un fournisseur et une facture en attente.Puis il envoie, depuis la vraie boîte ou une adresse presque identique, un message annonçant un changement de coordonnées bancaires. Dès lors, l’entreprise paie le fraudeur. Or, elle doit toujours la somme à son vrai fournisseur : elle paie donc deux fois, et la relation commerciale en souffre.

Cette attaque laisse pourtant des traces visibles bien avant le virement : une connexion depuis un pays inhabituel, une règle de transfert automatique créée sans raison, un message envoyé à une heure étrange.

Vérifiez dès aujourd’hui qu’aucune règle de transfert vers une adresse externe n’existe dans vos messageries sans raison connue, et faites de sa création une alerte. Tout changement de RIB se confirme par un appel vers un numéro déjà connu, jamais celui indiqué dans le message.

Quand l’argent est déjà parti, une dernière fenêtre reste ouverte : celle qui sépare le départ des fonds de leur disparition.

3. De l’argent qui part, et chaque heure qui compte

En novembre 2024, la Banque centrale de l’Ouganda est victime d’un piratage. Le ministre d’État aux Finances, Henry Musasizi, le confirme devant le Parlement, tout en contestant les montants avancés par la presse jusqu’à 17 millions de dollars. Selon le Daily Monitor, une partie des fonds a été transférée vers des comptes au Japon et au Royaume-Uni, et environ 7 millions de dollars ont été gelés par les autorités britanniques. L’Auditeur général et la police judiciaire ont ouvert des enquêtes. Selon Semafor, plus de la moitié des fonds aurait depuis été récupérée.

Ce que ce cas implique concrètement : une fois l’argent parti à l’étranger, la récupération dépend de la vitesse d’alerte et de la coopération entre banques et autorités. Chaque heure perdue réduit les chances de geler les fonds. À cela s’ajoute un coût moins visible : questions au Parlement, enquêtes, et une confiance du public mise à l’épreuve pour une institution dont c’est la première valeur.

Préparez votre chaîne d’alerte avant d’en avoir besoin. Qui appeler dans l’heure : votre banque, la PLCC (Plateforme de lutte contre la cybercriminalité), votre prestataire de sécurité ? Avec quels numéros ? Qui a le pouvoir de demander le blocage d’un paiement ? Une fiche d’une page, connue de la direction financière et de l’informatique, suffit. Nous y reviendrons en semaine 4, RÉSISTER.

Ces cas viennent d’autres pays. En Côte d’Ivoire, la vigilance collective a déjà montré ce qu’elle peut faire.

4. Et en Côte d’Ivoire ?

C’est la baisse des pertes liées aux accès frauduleux aux systèmes d’information en Côte d’Ivoire : de 3,3 milliards de FCFA en 2023 à 151,8 millions en 2024. Source : ANSSI Côte d’Ivoire, Rapport 2024.

En effet, l’ANSSI l’attribue notamment à une coopération accrue avec un secteur bancaire désormais plus alerte, et à la réactivité des équipes nationales. Et ce, alors même que le nombre de plaintes a augmenté de près de 50 % sur la même période (12 100 en 2024 contre 8 132 en 2023).

Ce chiffre dit l’essentiel : la menace ne disparaît pas, mais quand quelqu’un regarde et réagit vite, les pertes s’effondrent. Le même principe vaut dans une entreprise, à son échelle.

Relier les signaux avant qu’il soit trop tard

Dans chacun de ces cas, les signaux existaient. Toute la différence tient à la vitesse à laquelle quelqu’un les relie et réagit. C’est le rôle d’un SOC, un centre opérationnel de sécurité : rassembler en un seul endroit les traces laissées par la messagerie, les accès, le réseau et les applications, et les faire analyser par des spécialistes.

Chez AGILLY, nous centralisons ces traces dans notre SIEM, l’outil qui les corrèle, et notre équipe SOC qualifie et traite les alertes. Pour les institutions financières et les fintechs que nous accompagnons, la détection est réglée sur leurs risques propres : nouveaux bénéficiaires, connexions inhabituelles, règles de transfert créées dans une messagerie.

Comment nous intervenons

  • Une surveillance proactive de vos systèmes critiques, avec un niveau de service défini ensemble selon votre exposition au risque.
  • Des règles de détection adaptées à votre activité, définies lors d’un cadrage de votre existant.
  • Une réponse à incident pour contenir l’attaque, limiter les pertes et préserver les preuves.
  • Un rapport régulier pensé pour la direction générale, et pas seulement pour l’informatique.

Détecter, c’est savoir qui regarde

La question à se poserCe que révèlent les cas
Savons-nous quelles activités surveiller ?Les paiements, les connexions et la messagerie
Savons-nous quelles alertes sont prioritaires ?Un comportement inhabituel compte plus qu’un seuil fixe
Quelqu’un est-il chargé de les analyser ?Les pertes chutent quand banques et équipes réagissent
Savons-nous quoi faire face à une anomalie ?Une chaîne d’alerte prête pour bloquer et récupérer

Voyez ce qui vous échappe encore. Demandez un diagnostic de visibilité : nos experts identifient ce que vous voyez déjà, vos angles morts, et ce que notre SOC surveillerait en priorité chez vous.

Écrivez-nous : [email protected]

La semaine prochaine, place à Protéger : comment fermer les portes d’entrée avant qu’elles ne soient exploitées.

Pour aller plus loin : l’IA change la donne des deux côtés. Selon INTERPOL, elle est désormais liée à plus de la moitié de la cybercriminalité en Afrique et rend les fraudes par messagerie plus crédibles. Et chaque outil d’IA déployé en interne crée de nouveaux accès et de nouveaux flux de données à surveiller. Comment en tirer parti sans en perdre la maîtrise ? Nous en parlons avec Sandbox Security le 30 octobre.

WEBINAIRE · VENDREDI 30 OCTOBRE · AVEC SANDBOX SECURITY

« Gouvernance de l’IA : le prochain grand défi des institutions financières »

Banques, fintechs, SGI, plateformes de paiement : comment tirer parti de l’IA sans perdre la maîtrise de vos données, de vos accès et de votre conformité.

Gratuit, en ligne.


Sources

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